Nom français : Bernache cravant
Nom scientifique : Branta bernicla
Photo ci-dessous : "Vague de Bernaches" par Philippe FONTENEAU.


Grrrouk, Grrouk, Grrouk... Ce chant mélodieux (c'est une appréciation possible !) est permanent sur nos côtes tout l'hiver. Arrivées début octobre, ces petites oies font vraiment partie de notre paysage identitaire. D'abord par leur chant presque continu, qu'elles soient posées ou en vol, et qui nous accompagne tout l'hiver. Ensuite par leur omniprésence sur les côtes, surtout dans le pertuis où leurs envols saluent chaque passage d'un ponton ostréicole. Les pêcheurs à pied les connaissent aussi : c'est l'occasion d'interrompre la partie de pêche et de relever la tête quelques instants pour admirer ces vols, qui passent parfois au ras des yeux.

Si cet oiseau passe l'hiver chez nous, c'est en particulier pour nos herbiers de zostères, petites plantes (ressemblant à des algues mais pourtant de vraies plantes à fleurs) qui recouvrent les vasières et qui constituent leur garde-manger favori, même si elles savent aussi brouter d'autres algues ou des salicornes. Très grégaire et bonne nageuse, la Bernache passe le plus clair de son temps à flotter en attendant que les herbiers soient découverts, qu'il fasse jour ou nuit.

C'est une des raisons de la protection de certains estrans, comme dans la Réserve Naturelle de Moëze-Oléron par exemple. C'est aussi pourquoi les pêcheurs de palourdes doivent veiller à ne pas piétiner ni labourer ces herbiers, d'ailleurs inscrits comme habitat prioritaire en Europe dans le réseau Natura 2000. Dans les années 30, une grave épizootie sur les zostères avait provoqué une diminution très importante des effectifs de Bernaches, qui sont maintenant revenues à une population hivernant en France de l'ordre de 100 000 individus (30 à 40 % des effectifs totaux de l'espèce), dont plusieurs milliers en Charente-Maritime. Pour sa vulnérabilité et sa dépendance envers ces herbiers, la Bernache cravant est une espèce protégée.

Les Bernaches ne nichent pas dans notre région. Elles repartent en mars vers les toundras côtières arctiques, principalement en Sibérie (péninsule du Taïmyr) pour nos habituées, qui voyagent donc sur 8000 km chaque année. La Bernache a aussi son festival annuel, dans la région de Vancouver.