Dans le cadre de sa thèse, Mathieu Le Duigou recherche les effets du retournement des rochers, par les pêcheurs d'étrilles, sur la biodiversité de l'estran et sur les populations d'étrilles.
Ce travail a été engagé par IODDE et l'Université de La Rochelle (laboratoire LIENS), de manière à bien mesurer quels sont les impacts de ce comportement, malheureusement très répandu, des pêcheurs qui ne font pas l'effort de remettre les pierres bien en place. C'est l'un des problèmes qui est le plus souvent cité par les pêcheurs à pied. S'il est facile à tout un chacun de voir que les pierres qui sont retournées finissent par s’appauvrir et devenir "mortes", nous n'avions encore aucune preuve scientifique.

L'étude qui durera trois ans comporte en particulier deux terrains d'observation :
- Les rochers naturels, dans les champs de blocs de la concession scientifique, à Chassiron
- Des "roches artificielles", qui sont en fait des parpaings, situés dans une écluse à poissons, sur l'estran.

Pourquoi des parpaings ? Il fallait pour ce travail disposer de roches égales (de mêmes dimensions) afin d'éliminer quantité de paramètres qui auraient pu parasiter les résultats.
Pour l'expérience, 200 parpaings ont été disposés. Certains, les blocs témoins, ne sont jamais retournés. D'autres sont retournés tous les mois, d'autres tous les 2 mois, ou tous les 4 mois, selon un plan très précis. Au fur et à mesure de son protocole, Mathieu récupère les parpaings qui ont terminé leur cycle, en prenant soin de ne pas échapper la moindre petite bête microscopique : enveloppés directement sur le terrain, ils sont apportés au laboratoire afin d'y être examinés dans les moindres détails. Chaque forme de vie est ensuite identifiée et répertoriée !

Depuis le début de l’expérimentation, plus de 700 000 organismes marins ont été identifiés sur ces blocs en béton, répartis selon 120 espèces.

La majorité des espèces recensées présente une sensibilité marquée face au retournement des roches avec, dans certain cas, des réductions d’abondance de plus de 90% (voire une disparition totale pour une douzaine espèces).

On obtient :
- Une diminution de près de 28% du nombre d’espèces animales (graphique 1)


- Une baisse de plus de 30% du nombre total d’animaux (graphique 2)

Il s’agit à présent d’un fait avéré : ce type de perturbation conduit à un appauvrissement significatif de la communauté marine. Le constat est quasiment identique lorsque l’on retourne les roches selon des fréquences moins importantes : tous les deux mois (-25% d’espèces), ou tous les quatre mois (-19% d’espèces).

Deux échantillonnages sont encore prévus dans le cadre de cette expérience, en octobre 2008 et février 2009. La partie de l'étude qui a débuté sur les roches naturelles donnera aussi des compléments et de nouvelles données scientifiques.

A tous les pêcheurs d'étrilles : s'il vous plaît, remettez les pierres dans leur bon sens !