Nous avons été sollicités à plusieurs reprises pour déterminer une espèce marine aux allures quelque peu étranges, qui s'est échouée en masse cet automne à l'ouest d'Oléron. Nombreux sont les promeneurs qui ont été intrigués par ces "bestioles" bleues, sans queue ni tête...

Il s'agit en fait de vélelles (nom scientifique : velella velella : facile, pour une fois !). Ce sont des organismes marins, pélagiques, c'est à dire qu'ils flottent au gré des courants. Ils sont rattachés au groupe des cnidaires, comme les méduses, les anémones de mer ou encore les coraux.

Chaque unité est en fait constituée d'une colonie de centaines de polypes, qui sont organisés et remplissent diverses fonctions. Elle possède un disque cartilagineux qui contient des poches d'air. Ce flotteur est surmonté d'une voile, qui reste normalement hors de l'eau, et qui augmente ses possibilités de déplacements en combinant le vent et les courants. La petite voile est d'ailleurs orientée de biais par rapport à l'axe principal de la colonie, ce qui est peu banal.
Sous l'eau, un polype est chargé de la nutrition (un gastrozoïde, situé au centre, capture le zooplancton). D'autres sont là en périphérie pour défendre l'organisme par la production de substances faiblement urticantes (ce sont les dactylozoïdes), sans danger pour l'homme. D'autres enfin gèrent la reproduction : ce sont bien sûr les gonozoïdes ! Sur les animaux échoués, on ne distingue pas tous ces éléments. Pour briller en société lors de vos soupers mondains, rappelons également que les organismes qui vivent comme les vélelles, à la surface des océans, constituent le pleuston.

La bête mesure jusqu'à 6 centimètres de diamètre. Sa couleur bleue est due à des protéines pigmentées. Après quelques jours, elle sèche et devient translucide.

Les vélelles ont aussi un nom local, mieux connu dans les Landes et au Pays basque : les "barques de la Saint-Jean". Sur la côte d'Azur on les nomme "méduses voilettes". Du fait de leur mode de dispersion, on les trouve un peu partout dans le monde, essentiellement dans les eaux chaudes.

Dans les proches familles, on connaît mieux la Physalie (appelée aussi galère portugaise), cette fois une vraie méduse, et qui est très urticante. Cette espèce possède également un flotteur (beaucoup plus grand, et sans "voile"), est aussi composée d'une multitude de polypes différenciés, et est de couleur bleue. L'image ci-dessous montre une physalie échouée sur une plage des Canaries, en décembre dernier.

Pour voir de magnifiques images de détails sur les vélelles, nous vous conseillons l'excellente vidéo (ainsi que les photos) des "chroniques du plancton" (CNRS) : http://www.planktonchronicles.org/fr/episode/16.

Et bien sûr l'incontournable site Doris (Fédération nationale de plongée sous-marine), pour fouiller et découvrir des présentations de très nombreuses espèces marines : http://doris.ffessm.fr/accueil.asp .