Plusieurs espèces de palourdes se côtoient sur nos estrans. Depuis l'introduction de la palourde japonaise, voici une quinzaine d'années, c'est devenu la variété largement dominante dans les paniers des pêcheurs à pied. Plus productive, elle résiste mieux aux prélèvements. On peut d'ailleurs légitimement concevoir que cette introduction se solde aux dépends de la souche locale, la palourde européenne, qui se fait de plus en plus rare.

En janvier 2008, la taille réglementaire minimale de capture de la palourde japonaise a changé. Elle est maintenant de 3,5 cm. Or, la maille de la palourde européenne est toujours de 4 cm. Dès lors, le pêcheur à pied doit savoir les reconnaître. Et ce n'est pas si facile ! Le véritable critère distinctif se trouve caché à l'intérieur... Quelques détails de la coquille permettent toutefois de s'y retrouver à peu près :

La Palourde européenne Ruditapes decussatus est la souche d'origine. Sa coquille est plus mince, plus anguleuse que la japonaise. La charnière est plus fine et ne comporte pas de "lunule" visible (dessin en creux en forme de coeur allongé). Sa couleur est souvent plus grise, uniforme. Elle est aussi plus rare désormais, et se trouve en général plus profondément enfoncée dans la vase que sa consoeur d'origine nipponne.

Photo ci-dessous : la palourde autochtone est légèrement plus anguleuse

La Palourde japonaise (Ruditapes philippinarum) est la plus commune. Elle est plus dodue, présente une lunule bien marquée, et présente souvent des dessins, en damier par exemple, plus contrastés.

Photo ci-dessous : la lunule est bien marquée (espace plus foncé à côté de la charnière) chez la japonaise.


Pour être sûr de soi, il faut les voir dégorger, car les siphons sont très différents. La palourde japonaise a un siphon, qui se sépare en deux tubes à la moitié de sa longueur (voir image). Au contraire, la palourde autochtone a deux siphons bien séparés dès leur base. C'est d'ailleurs de là que vient l'habitude de repérer les fameux "deux petits trous" dans la vase, ce qui est de moins en moins vrai avec la japonaise, dont les 2 orifices sont souvent si proches qu'ils n'en forment plus qu'un.

Les plus consciencieux apprendront à distinguer ces deux palourdes, avec l'habitude, et quelques heures d'observation minutieuse. A défaut, la solution la plus facile, pour ne pas être en infraction, serait de respecter une taille de 4 cm pour toutes les espèces...

Au goût, il n'y a pas non plus de très grande différence, a priori. Ce sont tous deux de très bons coquillages.
Sur Marennes Oléron, nous estimons que les pêcheurs à pied récréatifs en pêchent environ 155 tonnes par an. Même avec la nouvelle maille, les palourdes récoltées sont trop petites (la moitié n'atteint pas les 3,5 cm), certaines sont même parfois minuscules. Bien les reconnaître ne suffira donc pas : il faut aussi bien savoir les rechercher pour ne garder que les grosses. Il faut parfois s'éloigner un peu des zones trop fréquentées, et c'est parfois pénible de progresser dans des vases assez molles (ô guille, et ô l'encasse !). Mais c'est possible, car il y en a vraiment beaucoup sur les estrans sablo-vaseux du pertuis.