L'un de nos tous premiers travaux, en 2005, fut de se préoccuper du
"problème" des algues d'échouage sur l'Ile d'Oléron, en particulier les plages
du nord de l'Ile.

D'un côté, les collectivités recevaient des plaintes de personnes qui étaient
gênées par ces échouages, par leur aspect, leur odeur, les insectes qui sont
attirés, parfois entravés dans leur chemin vers la baignade, ou tout simplement
parce que ça ne leur paraissait pas normal sur une plage... La demande était en
général de ramasser ces algues, ce que certaines communes ont fait.
De l'autre côté, nous savons tous que ces algues échouées font partie
intégrante de la nature de l'Ile d'Oléron. Elles suivent un cycle normal en
poussant sur les rochers, puis en se décrochant en fin de vie, ou à la
faveur d'un coup de houle. Une fois sur le sable, elles continuent
leur fonction écologique en nourrissant toute une chaîne alimentaire (insectes,
oiseaux, crustacés...), en produisant des jus nutritifs qui s'infiltrent dans
le sol ou retournent à l'estran, et en fixant le sable des dunes, par
exemple.

Grâce à nos spécialistes (Jean-François Périgné, Jacques Pigeot), nous avons
coopéré avec la Communauté de communes de l'Ile d'Oléron pour éditer un
dépliant de sensibilisation, qui explique le cycle naturel des algues, et ses
avantages. Vous pouvez télécharger ce dépliant en cliquant sur les annexes
en fin d'article.

Nous avons considéré plusieurs aspects. Premièrement, le ramassage des
déchets sur les plages coûte très cher (environ 400 000 € par an) au
contribuable oléronais. En rajouter autant pour les algues aurait été un choix
grave d'un point de vue économique. Aucun projet de valorisation n'était
d'ailleurs avancé : les communes qui les récoltaient se contentaient de les
enfouir sous la dune, ce qui est d'ailleurs illégal. Les analyses que nous
avons commandées au CEVA (Centre d'Etudes et de Valorisation des Algues)
prouvent pourtant que ces échouages constituent une matière intéressante, ne
serait-ce que comme amendement aux cultures, comme cela se faisait largement
pour la vigne par exemple. Certains agriculteurs ou particuliers continuent
d'ailleurs d'utiliser les algues (tandis que d'autres optent pour des produits
du commerce).
Par ailleurs, la DDASS nous a confirmé que ces échouages ne présentent aucun
effet inquiétant pour la santé. Ce service préconise uniquement, en cas
d'échouage très massif, d'ouvrir des brèches pour créer des accès à l'eau,
évitant ainsi aux baigneurs, enfants en particulier, de devoir patauger dans
les tas d'algues.
En conclusion, il a semblé à tous que la meilleure solution était de les
laisser en place, et de communiquer pour faire accepter ce phénomène aux
utilisateurs, résidents secondaires ou visiteurs. Il reste toujours des plages
sans algues de toutes façons !
Sur les plages les plus concernées, des affiches ont été placées. Le dépliant
est toujours distribué par la Communauté de communes. Les plaintes ont
nettement baissé et la réponse qui est apportée suffit en général.

A terme, il n'est pas exclu qu'un projet de valorisation voie le jour. Cette
matière naturelle, si elle est bien gérée, pourrait être utilisée en compostage
ou en agriculture. A condition d'en laisser suffisamment pour que les algues
remplissent leurs fonctions dans le cycle de la vie de notre littoral.
Comment concilier une économie importante, la pédagogie du territoire, et une action d'intérêt écologique !
