Aux antipodes, la pêche à pied est aussi pratiquée. Elle est même étudiée de
près : depuis plus d'un an, Haizea Jimenez travaille dans le cadre sa
thèse universitaire sur la Nouvelle Calédonie : quelles sont les pratiques, qui
sont les pêcheurs, quels sont les prélèvements, et les problèmes que cela
pose...
Haizea nous a fait parvenir ces jours-ci un véritable reportage
photographique à l'attention des visiteurs de notre blog. Alors que l'hiver a
l'air de vouloir s'attarder sur nous, nous vous proposons un bon bain
d'exotisme !

Première particularité : les coraux. On retrouve ce type de platier récifal
aux abords des îlots. On le distinguera des estrans plutôt sableux (photo
ci-dessous) et plutôt herbeux (photo suivante).


La pêche à pied nous a semblé compliquée à étudier sur Marennes Oléron, car
il y a différents types d'estrans, de pêcheurs et d'habitudes, différentes
espèces, etc. En Nouvelle Calédonie, Haizea est confrontée au même type de
complexité, avec en plus des espèces bien plus nombreuses (une soixantaine),
pas toujours faciles à identifier : 6 espèces de bénitiers différents, par
exemple, comme celui-ci, photographié dans une réserve, et qui a été
mesuré à 40 cm de diamètre... Son nom scientifique : Hippopus
hippopus.

La pêche est de type opportuniste :aux grandes marées, on part sur l'estran
et on récolte une grande diversité de coquillages. Il ne semble pas qu'il y ait
de spécialistes (contrairement à chez nous comme pour les palourdes, les
couteaux ou les étrilles). Ceci complique bien sûr le travail de
diagnostic, puisqu'il faut examiner précisément le contenu de chaque panier
pour mesurer les récoltes.

Vous avez remarqué les cocotiers sur la plage ? Ou le sac de pêche qui est
lui assez commun avec ce que l'on trouve ici ! Et qui contient (photo suivante)
des espèces habituelles des platiers sablo-vaseux et herbeux : au centre, un
"Porte-montre" Chicoreus ramosus, entouré de palourdes locales
Anadara antiquata et de "savonettes" Perilgypta puerpera,
bivalve ressemblant aux praires.


Autres exemples d'espèces récoltées à pied (photo suivante) : trois
poulpes Octopus cyanea, de nombreux lambis qui sont appelés
"araignées" là-bas Lambis truncata, un petit bénitier en haut de
l'espèce Tridacna maxima. Les plus perspicaces auront aussi remarqué
une troca (proche de nos troques) : Trochus niloticus.


Les lambis sont très prisés par les pêcheurs à pied.

Ci-dessus, vous aurez reconnu les bénitiers, et à gauche des bigorneaux
(différents des nôtres là aussi !) : Turbo setosus.
Ci-dessous, à nouveau le Porte-montre, un cône Conus marmoreus, des
palourdes Tapes literatus et une autre espèce de savonette :
Perilgypta puerpera.

La pêche à pied est donc bien différente en Nouvelle Calédonie. Il y a par
exemple de nombreuses propriétés privées pour lesquelles il faut demander une
autorisation d'accès au chef de tribu.
Malgré tout, il semble que l'accueil des pêcheurs à pied soit aussi favorable
qu'ici : ils se prêtent aimablement aux questionnaires et permettent à la thèse
d'Haizea de progresser. C'est encourageant.

Cette dernière photo nous ferait presque revenir à nos platiers rocheux : à
part un ou deux costumes inhabituels sous nos contrées, on se croirait aux
Huttes !
Un grand merci à Haizea pour ce petit voyage. Nous restons en contact et
continuons d'échanger nos informations. Et bien sûr, nous serions très flattés
d'apprendre que les calédoniens trouvent nos bigorneaux et nos couteaux tout à
fait extraordinaires...